Maïlys SEYDOUX-DUMAS

 
 
Maïlys Seydoux Dumas
Du papier à la tapisserie
 


Par Ileana Cornea, mars 2021

Maïlys Seydoux Dumas a quitté la direction que lui imposait son chevalet. Le miroir, lui servant à faire culbuter le monde en déposant le ciel infini à ses pieds une fois brisé, met fin à l’illusion d’un monde cadré aussi vertigineux qu’il soit. Récemment, elle change de support faisant chavirer l’image, la rigidité de la toile étant remplacée par la légèreté du papier.

La sensibilité à fleur de peau de cette surface accueille l’activité esthétiquement héroïque d’un petit nombre d’objets dissimulant dans des taches de couleur, les aveux que l’artiste confie à la peinture.
C’est un monde découpé, puis recomposé. Un monde de mémoire parfois explosé, un monde aérien en lévitation, sensationnel et sensitif à la fois, matériel et flottant qu’une beauté impondérable anime.

Depuis longtemps, certains objets occupent, d’une façon quasi organisée, une place dans l’atelier, dont la familiarité quotidienne les unissant à l’artiste les charge d’un pouvoir indéniablement évocatoire : les coquillages, l’étoile de mer, la pivoine, le moulin à café, les lunettes, l’orange, la pelure d’une pomme découpée, un certain « vagabond » pour ne citer que quelques-uns et qui en disent long sur les voyages, habitudes, secrets et aspirations de l’artiste.
Tous ces objets réunis dans une même œuvre témoignent de l’attachement de l’artiste à l’intimité de son atelier, sa mine d’or, d’où elle extrait des fragments de mémoire et de consolation.

Miroitant sa soyeuse texture dans les morceaux brisés du miroir, le kimono que l’artiste porte tel un fidèle complice s’avère avoir une importance prémonitoire, en ce qui concerne l’avenir de ce monde inanimé, de ses natures mortes si singulières.
Avec sa surface textile, quelque chose de l’enfance refait surface : le toucher, l’odorat, le goût, l’ouïe.

L’artiste confie de ne pas vouloir révolutionner ce genre pictural. Cependant, sa façon d’éveiller l’esprit même de ces objets tient de l’invention. C’est une dynamique dramaturgique lui appartenant. Certes, il y a des fleurs, des végétaux, des cruches, comme dans la représentation traditionnelle d’une nature morte. Mais les liaisons invisibles qui se tissent entre elle et ces objets, l’artiste les matérialise et les stimule avec de l’humour, sous la forme de mystérieuses chroniques privées, que l’on décèle en suivant une mise en scène dressée à dessin. Semblable à une pièce de théâtre se jouant énigmatiquement sous nos yeux tout comme son autoportrait en marionnettiste l’artiste tire les ficelles pour faire bouger son ombre. On comprend alors que de fil en aiguille, on arrive à tisser l’histoire de la tapisserie à venir aux fils qui la constituent comme une conséquence directe de ce qui se trame sur les papiers, froissés comme des tissus, annonçant le passage à un nouveau registre de son art marqué par la texture d’un kimono spéculatif et spéculaire en toile de fond. La fonction première d’une tapisserie c’est de tenir chaud, et la seconde, c’est d’être un récit dont le réconfort se trouve dans la trame même, une question d’être et de poésie, en quelque sorte.


 
   
SCÈNES D'ATELIER  

Août 2020, Les informations dieppoises

Imaginez une artiste peintre dans son atelier parisien pendant le confinement, qui s’interroge sur la survie et l’utilité des artistes ans un monde qui les enferme et les oblige à ne plus vivre de leur créativité…
L’exposition « scènes d’atelier » présentée par Maïlys Seydoux-Dumas au château de Varengeville jusqu’au 16 août est un condensé de ces interrogations existentielles, couché sur papier froissé qui se dévoile en 12 saynètes.
L’artiste a imaginé une sorte de casting d’objets pour composer une troupe de personnages ayant une âme. C’est le théâtre des objets et une manière bien pertinente de représenter cette « détestable période » que l’on vit actuellement. Les œuvres de Maïlys Seydoux-Dumas entretiennent un dialogue avec les textes et poèmes d’Haïm Kern, poète ami de Jean Tardieu. À travers cette série d’objets personnages, on y retrouve beaucoup de symbolisme et une forme de naïveté relevés aux couleurs chaudes. Des roses, des mauves qui donnent des envies de douceur et de légèreté.
Bienvenue dans le théâtre des objets de Maïlys Seydoux-Dumas. Le casting retenu mérite qu’on s’y attache et qu’on ne regarde plus comme avant ces objets qui font le quotidien de chacun.

   
DANS L'OEIL DE MAÏLYS SEYDOUX-DUMAS  

13 août 2020, Paris Normandie

C’est une exposition ludique que l’on peut apprécier jusqu’au dimanche 16 août au sein du château de Varengeville-sur-Mer. L’artiste, Maïlys Seydoux-Dumas a choisi le lieu pour y montrer ses dernières œuvres. Cette Parisienne qui a, depuis l’enfance, ses habitudes à Varengeville pendant la saison estivale particulièrement avait déjà exposé ses créations à la maire en 2015 sous le titre « des miroirs et des fenêtres ».
Cette fois, elle a opté pour une exposition baptisée d’un titre encore plus long et tout à fait explicite : « Le rideau se lève aux Acacias, scènes d’atelier ».

Une fenêtre sur Paris

Pour cette étape, elle est accompagnée de Haïm Kern, qui a signé les textes d’illustration des peintures. Le principe est assez simple : l’artiste a représenté sur papier et sur de grands formats ce qu’elle voyait depuis les fenêtres de son atelier parisien. Le résultat, très coloré, est accroché sur des cimaises. Les créations sur papier sont bien mises en valeur par l’espace et la lumière qui règne dans la grande salle. Et puis sur de longues tables, figurent d’autres œuvres plus petites, rectangulaires, où l’artiste a figuré un détail des grands formats accompagné d’un poème de Haïm Kern. Il reste au visiteur à chercher quel détail a sélectionné la créatrice : « c’est une forme de théâtre où les objets sont des acteurs des saynètes indépendantes les unes des autres et pourtant intégrées dans un ensemble. Les objets que j’ai choisis ont un sens fortement symbolique pour moi », explique Maïlys Seydoux qui travaille sur cette exposition depuis décembre.
   
MAÏLYS SEYDOUX-DUMAS  

Par Stéphanie Dulout, janvier 2020, L'Éventail (Belgique)


“Regards voilé, regards volés, regards violés…”, regards brisés dans un “miroir étoilé”… “Est-ce le jour ? Est-ce la nuit ? / Dans le jardin tout endormi, / attendant un demain qui tarde, / une lueur encore blafarde / hésite / La nuit tombe, le jour se lève, / mais mon amour survit au rêve.” Résonnant magnifiquement, les poèmes de Haïm Kern et les lithographies ou huiles sur papier de Maïlys Seydoux Dumas nous transportent vers des Haut Delà tout en murmures, soupirs et miroitements.
   
MAÏLYS SEYDOUX-DUMAS  

Octobre 2019, L'Éventail (Belgique)
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L'ENVOL DU GRIS, PLONGÉE EN BLEU, L'ÉCLAT NOIR, TRAVAIL DE L'OMBRE, UN SOIR DE DEMI-BRUME, MIRAGES, CRÉPUSCULE... TOUTE DE DOUCEUR ET D'ÉTRANGETÉ, BAIGNÉE D'UNE QUIÉTUDE MÊLÉE D'INSTABILITÉ, SEMBLANT SANS CESSE AU BORD DE LA BRISURE.

Faisant toujours planer L'Ombre d'un doute, la peinture de Maïlys Seydoux-Dumas est comme un grand Rêve en chantier. Ou plutôt un journal intime. D'autoportraits en paysages vus à travers des fenêtres voilées ou des miroirs brisés, elle joue À cache-cache avec la figure et ses reflets dans les espaces flottants et fragmentés de l'atelier. Vue Par-dessus, par-dessous, voilée ou obstruée par des parcelles de miroir flottant sur le motif peint, elle donne à voir des corps et des formes comme en lévitation, au bord d'un précipice. Une vertigineuse introspection dont la transparence des demi-teintes et des tons souvent pastels témoignent de la profondeur.

   
MAÏLYS SEYDOUX, L'ÉPREUVE DU MIROIR  

Par Ileana Cornea, janvier 2018, Artension


L'intérieur de l'atelier et ce qu'elle aperçoit de sa fenêtre, c'est son sujet. Elle a disposé son miroir de manière à capter le reflet du ciel. "Il représente pour moi l'espace d'une grande piscine où plonger. Le miroir, c'est une façon de rentrer dans mon imaginaire." Sa thématique principale tourne autour de la dialectique du dehors/ dedans. De même pour ses autoportraits, le miroir lui offre son double-trouble.

L'auto représentation semble susciter chez Maïlys Seydoux un état affectif proche du Das Unheimlich freudien, que la psychanalyste française Marie Bonaparte traduit par I'« inquiétante étrangeté ». Le face à face inspire la série Méduse, qui nous ramène au Caravage. Dans un miroir ovale, elle présente son visage ou plus subtilement une petite partie de son visage, détachée du reste du corps. Croyant infirmer ainsi son narcissisme, elle le peint ensuite réduit en miettes, courant par terre, mutilé et scintillant dans les éclats de verre.
L'infinité du moi se perd comme l'image de Narcisse dans une eau trouble. Le trouble-fête, c'est l'acte de peindre, brisant la glace de la vanité et laissant la place à la rêverie.

« Je suis un corps. »

« Je ne peins pas avec ma tête, mais avec mon corps ». Elle pourrait dire aussi : je me paye ma tête avec mon pinceau. Son iconographie est riche en signes, titres détournés, l'humour rejoignant la plus sérieuse des scènes. On reconnaît la silhouette de l'artiste, tenant dans sa main gauche en guise de palette un miroir, réfléchissant son visage, et dans l'autre main, un énorme pinceau, tel un fleuret dangereux. Elle semble avancer d'un pas déterminé, en céphalophe mousquetaire, arborant la dignité de Saint Denis. À part les mains et le cou, la chair proprement dite reste cachée. Le corps est enveloppé, protégé par la superposition de différents tissus. Rideaux, kimono, châle, collerette, fauteuil, bâches... Les tissus occupent une place prépondérante dans sa peinture. Que veut-elle protéger ?

Le chantier d'en face

Elle ouvre l'espace et la surface de la toile et métamorphose le vaste chantier architectural qu'elle aperçoit de la fenêtre de son atelier. Des perspectives nouvelles libèrent le regard. La transparence voile l'image. Le mouvement des rideaux laisse soupçonner un léger coup de vent dont on ne saurait dire s'il vient de l'intérieur ou de l'extérieur. D'ailleurs tout semble balayé par on ne sait quel souffle qui emporte le motif, dans un éblouissement sensuel. Comme à Venise, la ville théâtre se dédoublant et tanguant sur les eaux, les surfaces liquides et les surfaces sèches et spongieuses se répondent. Maïlys Seydoux voit dans le double la troublante poésie affolant la réalité et le bon sens.
Le spectre de Bonnard semble cracher de ci et de là son feu, et celui de Vuillard, terminer quelques arabesques savantes sur le kimono bleu et soyeux s'étendant comme une amphore sur une grande toile, au fond tissé et découpé, au milieu, par la géométrie étrange du miroir brisé. À contre-pied du vacarme suscité par l'atmosphère de la vie actuelle, il règne ici le calme de l'atelier. Le bruit d'un miroir qui part en éclats et crève le silence. Les lumières des fenêtres voisines s'allument. Des ouvertures, la renaissance, la fête du regard surpris par cette ambiguïté sensuelle du Noli me tangere parce que chez elle, la peinture est et demeure peinture.

   
MAÏLYS SEYDOUX, PUZZLE  

Par Muriel de Crayencour, 17 novembre 2016, Mu in the City
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Première exposition solo pour la peintre française Maïlys Seydoux
 à la Galerie Fred Lanzenberg à Bruxelles. De grandes toiles verticales reprenant systématiquement la silhouette de l'artiste, à la fois présente et invisible, dans une palette de tons moelleux, où le beige doré de la chair illumine le gris du verre et des miroirs.

On pourrait croire que c'est l'artiste elle-même qui est au centre de ses toiles. Il n'en est rien. Ce qui est au centre, tant de l'image que du processus créatif, c'est le reflet. Utilisant des miroirs qu'elle place devant elle ou à l'horizontale, Maïlys Seydoux compose une image morcelée, elle y voit son reflet, qu'elle peint ensuite. Il n'y a pas de visage. A chaque fois, le visage est masqué par la composition ou par des éclats de verre et de miroir.

Voici deux mains fines posées sur un miroir. Elles sont donc soudainement quatre. Voici un buste de femme, reflété dans un miroir, donnant l'image d'une carte à jouer. C'est une double reine. Toujours sans visage. Voici deux yeux, séparés, qu'on aperçoit chacun sur un morceau de miroir. Voici mille bris de verre, chacun reprenant un lambeau de silhouette. Le reflet est multiple. {...}

Peut-être est-ce une invitation faite à nous, spectateur, celle de refaire le puzzle, d'aider l'artiste à prendre visage. Très beau.

   
L'OEUVRE DE LA SEMAINE : MIROIRS BRISÉS  

Par Guy Gilsoul, 19 novembre 2016, Le Vif
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Une silhouette s'est approchée d'un vaste miroir posé à l'horizontale sur ce qui pourrait être une table de travail.

On ne verra ni sa tête. Au mieux distingue-t-on la position des bras, abandonnés le long d'une veste sombre. Une fleur séchée s'est déposée au bord de la surface brisée sur laquelle, suspendus, se dispersent quelques éclats tranchants.

Est-ce là, l'image et l'expression pour l'artiste française Maïlys Seydoux d'une introspection commencée aux premières lueurs des années 2000. Au-delà de quelques portraits anciens, l'oeuvre s'est en effet concentrée autour d'un seul thème : "elle". {...}

Ou alors des miroirs qui puissent absorber le ciel, la nuit, l'univers et voler en éclats.

Cette thématique introspective est devenue rare dans le spectacle offert dans les galeries. A l'heure du selfie, cette peinture remet les pendules à l'heure. Maïlys Seydoux ne montre plus son visage mais elle ne se dérobe pas à elle-même. Et du coup, elle exige aussi de celui qui regarde cette oeuvre, cette même sincérité du regard.

Pour la première fois, elle expose là où son époux, le peintre Stéphane Erouane Dumas a depuis longtemps conquis le public belge.

   
MAÏLYS SEYDOUX, IBI OCULUS, UBI AMOR - LÀ OÙ EST L'OEIL, LÀ EST L'AMOUR  

Par Ileana Cornea, octobre 2016

Maïlys Seydoux a trouvé sa voie : explorer l’intimité et la singularité de son monde qui, par une identification sensible et naturelle, est aussi le nôtre. La solitude de l’être entraine la solitude de la création et la solitude de la création dirige la forme et la fonction qu’elle doit prendre.

Sa touche comme ses aplats sont une caresse d’une douceur infinie. Avant même d’entamer la figure, elle donne à sa toile la lumière et les vents propices qui vont diriger ce qui va bientôt apparaître pour l’animer. Après une longue confrontation avec la réalité doublée de ses chimères, l’artiste donne des contours aux choses. « La main est un œil » dit elle. Elle lui confie les choses fragiles et réelles faites de petits doutes. C’est ainsi qu’elle a envisagé ses portraits qui l’ont fait connaître. Tout comme son autoportrait où son moi disparait en proie à ses vertiges poétiques. Ses questionnements portent sur la perception du réel et ses outils envisageant la possibilité d’être peinture.
Les objets de son atelier, très peu d’ailleurs, d’humbles coquillages, des pierres ou la petite tortue en céramique jaune posés comme d’étranges trésors sur la table participent à sa création, et pas seulement en tant que modèles. À l’instar de ses pinceaux, ils agissent telles des lentilles étranges corroborant les formes et augmentant la possibilité du voir. Les rideaux lui enseignent les transparences et les fluides constituant ses fonds uniques. Les fleurs séchées la couleur de la nostalgie qui enveloppe son monde sortant timidement de l’obscurité et ses coquillages, le calice de ses obsessions.  Parmi eux, le miroir joue depuis quelques années un rôle privilégié. Il lui sert de support pour renverser l’ordre de la réalité la faisant basculer dans un nouvel espace bouleversant les lois de la pesanteur.
Le miroir n’est pas le double de son moi, rien de narcissique ne vient perturber la recherche de l’image dans le réel qui se dérobe à ses yeux, un peu comme pour Giacometti la figure de son modèle japonais. Le miroir est sa machine à mieux voir, son œil perfectionné, le ciel infini. 
Elle a brisé son miroir désormais. {...}
  
« Si en moi le regard était un œil, comme il est en toi, mon Dieu, alors je verrais toutes choses en moi. Car l’œil est réfléchissant et le miroir, aussi petit soit-il, peut recevoir en lui l’image d’une grande montagne et de tous les êtres qui se trouvent sur cette montagne. Et ainsi l’espèce de toutes choses est dans l’œil réfléchissant. Cependant, parce qu’il ne voit par le moyen de l’œil réfléchissant que l’objet particulier vers lequel il se tourne, parce que sa force ne peut être déterminée que par un objet particulier, notre regard ne voit donc pas tout ce que le miroir de l’œil peut capter. »  Nicolas de Cues.

 
   
IMPRESSIONS FORTES, CÔTÉ PARIS, JANVIER-FÉVRIER 2016  

Reportage sur l'appartement de l'architecte d'intérieur Brenda Altmayer. Plusieurs toiles de Maïlys Seydoux-Dumas y figurent. Consulter l'article...

   

Par Louis Doucet - Mac Paris 2015

Maïlys Seydoux-Dumas peint des fragments d’autoportraits reflétés dans des miroirs, entiers ou brisés. Sujet unique du tableau, elle n’en occupe cependant pas le centre. Les images éclatées sont réparties sur la toile, laissant une large place à des fonds, somptueusement sensuels, où peuvent apparaître, comme dans un geste de pudeur, quelques accessoires secondaires destinés à détourner l’attention.
L’artiste nous parle évidemment de présence, mais cette présence est fragile, immatérielle et distanciée, comme dans un rêve éveillé. Le temps semble suspendu, ambigu, comme dans certaines œuvres intimistes de Vuillard. On devine une sourde menace, l’imminence d’un drame inavouable, mais rien ne permet d’en déceler le moindre indice. On pense aussi à cette vacuité prégnante qui baigne les meilleures toiles de Hopper, revue à travers la touche sensuelle d’un Bonnard.

   
MAÏLYS SEYDOUX-DUMAS, TOUTE DE MAINS...  

Par Alin Avila - Area Revue 2015

Chaque toile nous montre quatre mains, mais on est sur que d'autres-les siennes- sont là, au-dessus de celles que l'on voit.
La main droite a-t-elle pour reflet la main gauche ? Et que vaut son reflet dans ce jeu de double miroir ?
Il faut les peindre, mais de quelle main ? Des deux bien sûr.

La dextérité, c'est ce qui est appris, et pour Maïlys Seydoux-Dumas, il ne s'agit pas de faire image de ses mains mais de les présenter. Main droite, main gauche, faites par une main ou l'autre, et voilà que commence et se rythme la fugue vertigineuse de sa quête ontologique.

Les mains parlent-elles ? ou mieux que ça : elles tiennent tête. Rien plus que les mains, bien plus que le regard, disent symétriques et debout, l'être comme à son début. En tout temps, rien plus que les mains : dans l'imploration, la prière, la caresse ou le travail invitent le corps à tous les dépassements. Les mains sont la clef de tout. Rien plus qu'elle n'est preuve de l'être et promesse qu'il sera.

La main qui se peint donne par son geste et sa touche plus que tout ce que proposent ses innombrables apparences. Les mains de Maïlys Seydoux-Dumas ne sont pas faites de doigts mais d'élancées de couleur que dirige une danse courte, fluide et concise. Instantanée, c'est le projet de toute son œuvre, se donner visage par la peinture.



   
MAÏLYS SEYDOUX-DUMAS, TO BE OR NOT TO BE...  

Lydia Harambourg - Gazette de l'Hôtel Drouot octobre 2013

Depuis sa précédente exposition, Maïlys Seydoux-Dumas a mûri son art, développant un arcane imaginaire qui l'a libéré de la soumission au sujet. Faisant suite à une série de portraits et d'autoportraits, elle a entrepris une suite de scènes narratives dans lesquelles elle s'auto-représente. Une dérive, un rêve éveillé comme le suggère « L’Echappée ». L'artiste nous livre ses songes, ses questionnements : « To be or not to be ... », ainsi titre-t-elle son exposition.Vertige, basculement des certitudes, la voilà au bord d'une baie vitrée, en haut d'un immeuble, prête à plonger. Temps suspendu, raison en retrait, appréhension du vide comme une métaphore de l'abandon de soi. Qu'y a-t-il derrière ou devant ? La peinture contient les réponses. Elle peint avec une assurance que lui donnent ses acquis de composition. Davantage coloriste, sensible aux matières, elle orchestre ses peintures avec générosité. La présence du miroir ne renvoie pas l’image attendue, mals décuple le songe en une suite d'images drôles, tendres pour une mise en abyme d'elle-même et de la peinture. Une série de petits formats représente des façades d'immeubles vues de l'atelier. Des pochades achevées et raffinées.



   
MAÏLYS SEYDOUX-DUMAS, L’ÉPREUVE SPÉCULAIRE OU L'AUTOPORTRAIT  

Ileana Cornea - Saint Hippolyte du Fort août 2013

Maïlys Seydoux-Dumas peint des portraits : le portrait de son mari peintre, de ses enfants, de sa mère, de ses amis, de son marchand. Elle dresse toute une galerie de figures ; ses intimes, ses modèles avec tout ce que cela implique de personnel, d’ambigu, de clair, de tendre, de trouble.
Elle observe et dévoile les visages, leurs volumes, leurs touchantes asymétries, leur carnation, leur environnement, l’être au repos qui attend, qui pose.
Le modèle essaye de bien se tenir, il croit qu’il tient à son visage, à son habillement, à l’attitude, à la coiffure, au livre ou à l’objet qui l’accompagne et qui le rassure.
Il s’imagine que le peintre voit ce qu’il ne sait pas. Qu’est-ce-que « le tissu de l’âme » se demande le philosophe Gilles Deleuze ?
« Mes enfants, je vous préviens que ce n’est pas moi. J’avais en une journée cent physionomies diverses selon la chose dont j’étais affecté. J’étais serein, triste, rêveur, tendre, violent passionné, enthousiaste, mais je ne suis jamais tel que vous me voyez. » Se défend Diderot, le philosophe et le critique d’art pris en étau pour l’éternité par Van Loo. En commentant son portrait, il ne se laisse pas faire, il réalise son autoportrait littéraire. {...}

De dos, sur le toit d’un immeuble parisien, de trop longs pinceaux à la main portant des traces de couleurs, elle se représente elle-même.
Quelque part sur un sombre océan, elle se laisse emporter par une nacelle légère, un tapis volant à franges, disparaissant presque dans un miroir sorcière, représentant ses mains qui arrangent un bouquet de fleurs et peint ses petits escarpins noirs à talon derrière un guéridon. « Vous ne pouvez pas répondre présent comme tout le monde ? » Nous pourrions le lui demander, comme le professeur demande à l’élève Hamlet dans le poème Accent grave auquel Maïlys s’identifie en assimilant ce poème à l’aventure de la peintre face à elle- même. Elle l’élève, à l’école de la Peinture : Où suis-je ?

Quelque part entre Hopper et Bonnard dirait le critique.
L’artiste semble répondre qu’elle le remercie beaucoup pour cette comparaison flatteuse mais pour sa part, les coïncidences que le critique débusque en rapprochant leur peinture de la sienne lui échappent, comme elle s’échappe à elle-même, comme l’élève Hamlet, qu’elle aime beaucoup, échappe à la question du professeur et comme Diderot cherche à échapper à Van Loo.

Maïlys Seydoux-Dumas, la peintre des portraits en se portraiturant elle-même fusionne avec sa rêverie en déjouant le miroir. Jouissant de la lumière douce et tamisée de son atelier, son jeu de cache-cache avec elle-même n’a rien d’innocent. Elle se sert des genres picturaux : de la nature morte comme garde-fou et du miroir comme sa mise en abîme. Elle construit un récit tout en restant fidèle aux lois de la peinture, à l’ubiquité de l’œil, à la liberté de la poésie suggérant la réalité audacieusement, par énigmes. Sa prestidigitation sur l’artiste et son effigie rappelle les aventures de l’artiste face au miroir depuis les Epoux Arnolfini par van Eyck, en passant par le Radeau de la Méduse de Géricault qui n’a rien à voir avec l’ autoportrait.
Jonchée sur les toits d’un immeuble parisien, elle regarde en bas, le précipice...
Il n’y a pas de peinture à propos de rien...

   
MAÏLYS SEYDOUX-DUMAS  

Myriam Simon - Le Revenu novembre 2013

En entrant dans la galerie Koralewski où sont exposées les oeuvres de Maïlys Seydoux-Dumas, c'est l'artiste qui vous accueille. Elle figure en effet sur tous les tableaux. Maïlys Seydoux a pris le parti de se représenter sur toutes ses toiles. On découvre cette jeune femme formée à l'École des arts décoratifs, armée de ses pinceaux et flottant sur un tapis volant ou de dos à sa fenêtre, ou encore seulement ses mains dans le reflet d'un miroir.
Tout laisse à penser qu'elle se concentre sur elle puisqu'elle est son propre sujet. Il n'en est rien. C'est avec humour et dérision qu'elle peint son reflet dans un miroir rond, tour à tour étonnée, interrogative, pensive. Ces autoportraits inversés nous emmènent dans son monde, elle semble nous indiquer une direction à suivre. Elle se livre aux regards des autres mais «elle s'éloigne de la réalité pour naviguer vers ses rêves », explique le galeriste Tadeusz Koralewski.
Maïlys Seydoux-Dumas est un sujet du tableau, mais pas le centre du tableau. Ainsi, lorsqu'elle se représente de dos en pied, regardant dehors, les épaules lourdes, entourée de fenêtres aveugles, on ne voit pas tout de suite l'environnement figé, sans aucune présence. Il faut s'inviter dans sa toile. Elle utilise une gamme de gris ou de beiges, piqués de touches lumineuses de vert ou de jaune qui colorent une certaine mélancolie. Elle se décline en entier ou par fragments dans les petits et grands formats de toiles solitaires, de diptyques et de triptyques.
Une peinture de Maïlys Seydoux-Dumas représente un véritable rendez-vous avec l'artiste.

   
LE TEMPS EN SUSPENS...  

Ileana Cornea - Paris, novembre 2010.

Maïlys Seydoux peint des autoportraits, portraits d’amis, des gens de sa famille...la vie privée. Sa peinture est intimiste comme chez Vuillard mais plus intériorisée, plus économe que celle de l’artiste nabis. Elle reste imperméable aux influences extérieures. Quasi-janséniste, elle aime les possibles non pas les défis.

Le portrait et l'autoportrait en tant que genres spécifiques elle les réinvente à sa manière. La raison d'être de ses toiles va au delà des attributs de la personne représentée et de la question de la ressemblance. L'artiste peint leur part de silence. Elle montre ce que d'eux-mêmes ils ignorent.

A travers leurs attitudes confidentielles, ils dévoilent leur identité par un geste, par un mouvement anodin : une femme légèrement penchée semble chercher quelque chose dans un miroir invisible. Une autre femme tricote. Son visage sombre et la couleur rouge de son pull-over lui donne l’allure d’une sculpture en bois précieux peinte par Gauguin.

Un symbolisme latent construit subrepticement l’attitude, la figure, la composition plastique de chacun d’entre eux. Ils paraissent vivre sur la taille grace à un concours de circonstance réunissant leur être physique à leur être éthique. Leur regard reste dans l’ombre, comme leurs états d’âme. Assis, debout ou couchés sous des draps, ils ressemblent à des fragments de temps en suspens.

Son idée de la peinture.

Sur un fond blanc gris, vêtu ou vêtue d’un kimono le peintre ou la peintre, on ne sait pas très bien...Cette indétermination augmente l’ambiguïté de ce tableau manifeste. Sa bouche fait la moue. Elle ou lui tient dans sa main droite un pinceau comme si elle ou lui tenait un pendule pour chercher de l’eau. Ou bien un trésor; ou bien les lois de la pesanteur; la question de la peinture.

Chez Maïlys Seydoux-Dumas l’abord du motif l’approche d’un peintre du silence comme Giorgio Morandi que d’un portraitiste comme Van Dongen. Chez Elle, tout est construit en vue de la mesure, de l’harmonie et de la tonalité des couleurs assemblées. Elle marche à contre courant de la peinture actuelle avec détermination et conscience. Une dignité à part participe à l’intégrité de ses gestes. Sa touche est unique et même si parfoir elle semble intimidée par quelque chose qui la provoque.

Elle peint des livres et des bouquets comme si elle peignait des êtres humains. Inversement ses personnages sont brossés avec peu de matières et beaucoup d’aménité comme si elle reproduisait sur ses toiles les pétales d’une rose.

Cette égalité entre les êtres et les choses en peinture nous ramène à la question de la beauté.
Mais qu’est-ce que la beauté au juste ?
C’est la justesse, répond l’artiste.

   

Françoise Monnin, dans AZART, hors-série n°11
Portraits et autoportraits d'aujourd'hui, mars 2008.

Maïlys Seydoux interroge les reflets. Plaque de cuivre incisée, destinée à l’impression ou modèle pour une peinture, observé à travers un miroir, toujours, les formes représentées sont simples mais les compositions décalent la réalité, en révèlent les failles. Peintre de natures mortes, l’artiste (formée à l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs) réinvente ainsi ses sujets; des livres qu’elle aime, des objets qui l’entourent, des fleurs séchées, récemment. Depuis toujours, elle retravaille régulièrement une série d’autoportraits. “Un thème dans lequel je ne plonge pas complètement, mais qui m’accompagne”, dit-elle, en dévoilant ces figures d’elle-même, qu’elle range sitôt peintes; en petit, sur des formats modestes, que son buste habite complètement, ou sur de plus grandes toiles. Son reflet figure alors dans un miroir, planté au milieu des pots de couleurs, des bouquets de pinceaux. “Ce sont des repères, un fil à ne pas couper, des choses qui ne sortent pas de l’atelier”. Evidence cependant : comme les autres thèmes abordés, ce visage et ce corps habitent intimement le paysage quotidien. “Ils sont sous ma main”. Et se pendre soi-même, “c’est moins impressionnant que de faire le portrait de l’Autre. Inutile de prendre soin. Avec soi-même on ne cherche pas la ressemblance. On peut la trouver, à certains moments. Il faut dilater ses propres traits jusqu’à se retrouver”.

Travail de peinture, fondamentalement : la touche trouble la surface, les tons ouatent l’ambiance, les compositions évoquent des rébus. Travail d’introspection aussi : se peindre permet d’éprouver “la peur de son visage et des autres visages auquel il fait penser”. C’est également “un manière de me demande qui je suis. Ce que je fais, seule, dans ce grand atelier”. Maïlys Seydoux s’interroge comme elle questionne le monde.

 
MAÏLYS SEYDOUX, MYSTÈRE  

Françoise Monnin, dans AZART, hors-série n°7, 2007

Maïlys Seydoux peint d’abord l’espace autour des objets. C’est moins intimidant. C’est aussi une pratique de graveur, apprise à l’École nationale supérieure des arts décoratifs. De cette formation, l’artiste retient l’habitude du secret. En petit format, elle “enfonce” les formes qu’elle dessine, les “protège” sous nombre de couches, avant de les faire émerger par frottage, grattage. Elle ne dit pas qu’elle dessine mais qu’elle “sort” un thème. Au commencement, elle a dessiné son autoportrait, son atelier, ses outils de travail. Assumant un “fonctionnement romanesque, provoqué par la priorité donnée aux intuitions”, elle s’est ensuite attelée à représenter des livres ouverts, accumulés et disposés de telle sorte qu’ils se noient les uns dans les autres ; rien que des livres, consacrés aux artistes qu’elle aime, dont elle feuillette les pages.
Elle les métamorphose en frises ou en “boules” de modules géométriques. Elle travaille des contours, privilégie la sensation de présence, délaisse la perspective classique. Demeurent des pavés monochromes, contenant d’autres pavés monochromes (les illustrations des pages). La table qui supporte les ouvrages, la lumière qui les inonde, cloisonnée par l’ombre des croisées des fenêtres, subissent le même sort. Les formes s’embrassent. Tissées les unes avec les autres, elles abolissent l’espace et neutralisent le temps. Les tons sont subtils, étrangement atmosphériques; la matière, mate et dense, curieusement minérale.

La réalité ? Maïlys Seydoux la perçois comme une Abstraction. “Tout mon travail consiste à sortir de moi-même ; à prendre de l’air”; à donner corps aux objets dont nous nous entourons afin de conjurer un pressentiment. Celui de l’inexistence matérielle du Monde.

 
PUDEUR  

Lydia Harambourg, dans la gazette de l'hôtel Drouot, n°43, 9 décembre 2005.

Des livres ouverts posés sur une table ou bien en piles, un atelier discrètement révélé dans la lumière vaporeuse d'une journée comme un autre, les sujets de Maïlys Seydoux ne racontent rien : ils sont l'écho de pulsations intimes. Son pinceau effleure les choses qu'il ose à peine nommer. Ce que Maïlys Seydoux peint, c'est l'espace qui circule entre les formes, leur tactilité, leur silence. La touche est fervente comme une prière murmurée. Tout dans cette peinture suggère l'incertitude de l'être et de ce qui l'entoure. Comment dire, lorsque tout semble sortir d'un rêve pour y retourner ? Seule la lumière dessine le pourtour des objets absorbés par le plan du tableau qui en renvoie la périssable apparence. La peinture est ici du côté de la confidence. Petite musique de chambre pour un temps qui n'est pas encore perdu.